torna al metaindice dello SWIF
torna alla home page


a cura di Paolo Quintili - quintili@uniroma2.it
Ultimo aggiornamento: 9 luglio 2001





Recherches sur Diderot et
sur l’Encyclopédie  

Numéro 30 — Avril 2001

 

RÉSUMÉS

 

    Paolo QUINTILI: De la vérité comme adæquatio à la vérité comme processus dans la philosophie de Diderot.

Selon le Crétois Epiménide (VIIe siècle av J.-C.), dont le célèbre paradoxe ne sera rationnellement réfuté qu’à partir du XIVe siècle, la vérité est une révélation divine, que l’on " possède " (alètheia). A sa suite, la philosophie occidentale (Aristote, Saint Thomas) tend à la présenter comme correspondance, adæquatio entre la chose et l’esprit. Alors que les modernes (Descartes, Leibniz) renversent cette relation substantialiste en une conception plus fonctionnaliste, Diderot, dans le même esprit, va plus loin. Il défend la position selon laquelle la vérité se réalise dans un processus diachronique de construction du sens. L’analyse de l’Interprétation de la nature, puis l’étude des occurrences de vérité et vrai dans Le Neveu de Rameau, permettent d’ étayer et de préciser ce point de vue original et fécond.

 

Anthony STRUGNELL: Fable et vérité: stratégies narrative et discursive dans les écrits de Diderot sur le colonialisme.

Dans ses remarques sur la nature de l’écriture dans Jacques le fataliste, le narrateur identifie, non seulement les stratégies qui sous-tendent la fonction heuristique du discours romanesque de Diderot, mais aussi celles qu’on retrouve dans son discours sur le colonialisme. Ayant tracé les rapports intellectuels et esthétiques qui lient Jacques le fataliste et le Supplément au Voyage de Bougainville, nous étudions ensuite la façon dont Diderot cherche à fléchir, par l’emploi de ces mêmes stratégies dans ses contributions à l’Histoire des deux Indes, la trajectoire de l’ouvrage.

 

Pierre CHARTIER Le pouvoir des fables ou la vérité selon Jacques.

Qu’ on analyse dans sa précision textuelle le paradoxe subtil du " vrai comme fable " énoncé par Jacques le fataliste, ou qu’on le replace dans un contexte plus large, celui des cycles narratifs de cette œuvre, on aboutit aux mêmes constats "en mouvement ": le roman, à la différence du romanesque, n est pas pour Diderot ennemi d’une enquête sur le vrai le " grand rouleau " énonce une vérité qui, pour être nécessaire, nous reste inconnue, à nous qui errons dans 1’ obscurité de notre existence contingente le texte, enfin, confronte malicieusement les pouvoirs du dit et ceux de l’écrit. De la sorte, les signes étranges, les quiproquos, pressentiments et prémonitions que le monde (et le roman) nous délivrent sans relâche signifient que dans Jacques la quête du vrai, philosophique, confirme sans exception le fatalisme (matérialisme " déterministe "), mais se teinte sans exception d’ironie persiflante. Le lecteur s’en trouve être, qu’il le veuille ou non, la dupe, le bénéficiaire et l’acteur principal face à l’auteur-"démiurge": la vérité, ici, est celle que peuvent approcher de gais déchiffreurs de l’illisible, libérés autant que faire se peut des illusions idéalistes du libre-arbitre. du finalisme anthropocentré et de la pruderie bien-pensante.

 

 

Alessandro ARBO: Diderot et l’hiéroglyphe musical.

Par la notion d’hiéroglyphe, Diderot cherche à démontrer que dans l’audition de la poésie et de la musique est en jeu une indication schématique qui, comme dans le cas de l’esquisse, favorise la production d’images. Le plaisir est généré dans le mécanisme de reconnaissance d’une représentation idéogrammatique qui s’imprime dans la mémoire grâce aux rapports qu’elle instaure entre les Sons. C’est à ce niveau que se stabilise l’unité de l’expérience et que la perception peut être entendue comme une totalité disposée à une projection de sens. L’hiéroglyphe musical, trace subtile et fugace, met en évidence l’intervention, dans l’organisation du donné sensible, d’un résidu intermédiaire qui se limite à suggérer. De fait, la croissance de l’expression s’accompagne d’une perte inévitable : un écart ou une dérive du sens, une insolubilité de la structure qui ouvre le son à une multiplicité de fonds.

 

Thierry OTTAVIANI : L’" histoire " chez Diderot.

Diderot, co-auteur de l’Histoire des Deux Indes, constate le déclin de l’histoire naturelle et prédit un grand avenir à l’histoire philosophique. Ce jugement, déjà préfiguré dans l’Interprétation de la nature, s’inscrit dans une conception cyclique de l’intérêt du public pour les sciences. Pour Diderot lui-même, le tournant se situerait vers 1770: il conçoit alors l’histoire comme largement anthropologique, tournée vers l’utile, et politique, combattant Ies tyrannies politiques et religieuses. S’il condamne les anciennes annales, confuses, tendancieuses et contradictoires, il n’en admire pas moins (voir son Essai sur Sénèque) les antiques figures de héros et grands hommes, d’un point de vue moral aussi bien qu’esthétique. Quoi qu’il en soit, des articles de l’Encyclopédie à l’Histoire des Deux Indes, se dessine nettement son évolution vers une histoire " expérimentale ".

 

Young-Mock LEE: Diderot et la lutte parlementaire au temps de l’Encyclopédie.

On a pu rapprocher le nom de Diderot, auteur de l’article AUTORITÉ POLITIQUE de l’Encyclopédie (1751), et celui de Le Paige, principal animateur et idéologue de la résistance parlementaire (et) janséniste aux jésuites et au pouvoir royal. En effet, la modération inaccoutumée des Nouvelles ecclésiastiques, la feuille clandestine du mouvement, envers Diderot, chef du parti " encyclopédique ", pourrait être éclairée par l’attitude du philosophe qui, alors du côté des partisans de l’absolutisme, n’en est pas moins le défenseur décidé (mais nécessairement prudent) des droits de " remontrance " et de critique, sinon du contrôle politique du Parlement. L’étude détaillée des positions du parti janséniste (le " figurisme ", les thèses de Le Gros), et des références de l’article de Diderot (notamment le modèle fourni par Henri IV et les Mémoires de Sully), montre des sources communes (Duguet) et des choix politiques proches qui. par-delà des différences doctrinales considérables et des oppositions frontales, peuvent expliquer de manifestes ménagements réciproques.

 

Walter E. REX: L’ARCHE DE NOÉ et autres articles religieux de l’abbé Mallet dans l’Encyclopédie.

Complètement oublié aujourd’hui. l’abbé Edme Mallet (1713-55) fournit à l’Encyclopédie plus de mille articles portant surtout sur l’histoire ancienne et moderne et sur la littérature. Il écrivit aussi – et ce fut son principal titre de gloire dans l’entreprise – des articles de théologie: en effet, il y figure comme théologien en titre de tous les premiers volumes. S’il faut reconnaître la considérable érudition de l’abbé Mallet comme historien, on peut néanmoins légitimement se demander pour quelles raisons un penseur aussi médiocre en théologie fut nommé à ce poste critique. Une lecture même rapide de certains de ses articles religieux révèle non seulement une absence totale d’originalité, mais un esprit d’une orthodoxie des plus rigides : non seulement il était intolérant, il vouait une implacable haine aux hérétiques, se montrant d’une dureté parfois malveillante envers les jansénistes, et partout faisant des interprétations des écritures marquées d’un esprit scolastique des plus réactionnaires.

Il est clair qu’on le fit nommer à son poste non pour plaire à ceux qu’on appelle encyclopédistes mais pour rassurer les inquiétudes – sûrement justifiées – des autorités à l’égard de la religion dans l’entreprise de Diderot. Finalement, on constate que l’abbé Mallet était le protégé du redoutable Boyer, évêque de Mirepoix, ennemi acharné des idées philosophiques nouvelles. Comme le remarqua Malesherbes, la prise de position religieuse de l’abbé était bien calculée pour mériter cette protection.

Cette interprétation de l’abbé Mallet, formulée il y a longtemps dans une revue obscure aux Etats-Unis et complètement ignorée par les érudits en France, a été contestée de nos jours par l’éminent spécialiste de l’Encyclopédie, le professeur Frank Kafker. C’est pour mettre en évidence devant un public français l’autre côté de la question, le côté contraire à l’avis du professeur Kafker, qu’on propose aujourd’hui la présente traduction.

 

SUMMARIES

Paolo QUINTILI: From truth as correspondence to truth as process in Diderot’s thought.

According to Epimenides the Cretan (7th Century B.C.E), whose famous paradox was refuted rationally only after the l4th Century, truth is a divine revelation which we ‘possess’ (aletheia). Following him, Western philosophy (Aristotle, Aquinas) tended to present it as a correspondence (adæquatio) between the thing and the mind. While certain moderns (Descartes. Leibniz) transformed this substantialist relationship into a more functionalist conception, Diderot goes further in the same direction. The position that he defends claims that truth is realised in a diachronic process of the construction of meaning. This original and fertile point of view is clarified by an analysis of the Interprétation de la nature, followed by a study of the occurrences of truth and true in Le Neveu de Rameau.

 

Anthony STRUGNELL: " Truth and fable: narrative and discursive strategies in Diderot’s writings on colonialism ".

In the narrator’s comments on the nature of wilting in Jacques le fataliste, he identifies not only the strategies which underlie the heuristic function of Diderot’s novel, but equally those which he utilises in his discourse on colonialism. After establishing the intellectual and aesthetic connections between Jacques and the Supplément au Voyage de Bougainville, this article examines the way in which Diderot uses these same strategies in his contributions to the Histoire des deux Indes to influence the direction of that work.

 

Pierre CHARTIER : Diderot and the power of fables : the example of Jacques le fataliste.

Whether one analyzes Jacques le fataliste’s subtile paradox ‘as true as a fable’ in its precise textual context or in the wider context of the narrative cycles of the work, one arrives at the same ‘moving’ conclusions : for Diderot the novel, unlike romance, is not opposed to an inquiry concerning what is true; the ‘great scroll’ expresses a truth which, while necessary, is unknown to us who wander in the darkness of our contingent existence; and the text maliciously confronts the powers of the verbal and the written. Thus the strange signs, misunderstandings, forebodings and premonitions which the world (or the novel) continually provides us with indicate that in Jacques the philosophical search for the true confirms fatalism (‘deterministic’ materialism) in every case but is in every case coloured with mocking irony. The reader is thus, willy nilly, the dupe, the beneficiary and the main actor of the author-creator. Truth here is what is accessible to the carefree decipherers of the unreadable, as free as possible from the idealistic illusions of free will, anthropocentric finalism and conventional morality.

 

Alessandro ARBO : Diderot and musical hieroglyphs.

With the notion of hieroglyph, Diderot tries to demonstrate that listening to poetry and music involves a schematic indication that, as in a rough draft, helps to produce images. Pleasure is generated by the recognition of an ideogrammatical representation which is impressed on the memory thanks to the relationships it establishes between sounds. That is when the unity of the experience is stabilised, and the perception can be heard as a totality projecting meaning. The musical hieroglyph, which is a subtle and fugitive trace, highlights the intervention, in the organisation of sense data, of an intermediate residuum which merely suggests it. In fact, the growth of the expression is accompanied by an inevitable loss, an aberration or a drift of meaning, an insolubility of structure which opens sound to a multiplicity of depths.

 

Thierry OTTAVIANI: ‘History’ in Diderot.

In the Histoire des Deux Indes, Diderot affirms that natural history is in decline and predicts a great future for philosophical history. This judgement, already foreshadowed in the Interprétation de la nature in 1753, is part of a cyclical conception of public interest in science. Diderot’s own point of view changed around 1770, when he began to see history as largety anthropological, concerned with utility, and political. fighting against political and religious tyranny. Although he condemned the old chronicbes which were confused, biassed and contradictory. he nevertheless admired the classical figures of heroes and great men, from both a moral and aesthetic point of view, as can be seen in his Essay on Seneca. From his articles in the Encyclopédie to his contributions to the Histoire des Deux Indes, we can see the development of his conception of an ‘experimental’ and philosophical history.

 

Young-Mock LEE: Diderot and parliamentary struggles (final part).

The name of Diderot, the author of the Encyclopédie article AUTORITÉ POLITIQUE (1751) has been linked to that of Le Paige, the main leader and ideologue of the parliamentary and Jansenist resistance to the Jesuits and royal power. The unusual moderation shown by the Nouvelles ecclésiastiques, the movement’s clandestine mouthpiece, towards Diderot, leader of the ‘Encyclopaedist’ party, may be explained by his attitude. Although Diderot was at the time on the ride of absolutism, he was also a convinced (although necessarily careful) defender of the right of ‘remonstrance’ and criticism, if not the political control of the Parlement. A detailed study of the positions defended by the Jansenist party (‘figurism’, Le Gros’s theses) and of references to Diderot’s article (in particular the model constituted by Henry LV and Sully’s Memoirs) indicate their common sources (Duguet) and similar political choices; this may explain the fact that despite doctrinal differences and frontal opposition, they clearly avoided attacking each other.

 

Walter E. Rux: L’ARCHE DE NOÉ and other Encyclopédie articles on religion by the Abbé Mallet.

Completeiy forgotten today, abbé Edme Mallet wrote more than a thousand articles on ancient and modem history and on literature for Diderot’s Encyclopédie. He also contributed theological articles ; in fact his main claim to fame in Diderot’s enterprise was his position as official theologian for all the first volumes.

No doubt his historical erudition was considerable. Yet one may wonder just why someone so mediocre in theology should be named to this critical post. Even a cursory review of some of his religions articles reveals not only a mind devoid of originality, and an undistinguished style of writing, but orthodoxy in the narrow, most conventional sense: fundamentally intolerant, abbé Mallet held both heresy and heretics (particularly the Protestants) in hatred; on occasion he could be harshly biased against Jansenism, and everywhere his interpretations of the Scripture showed the most backward-booking scholasticism. Clearly, he was named to the post not to please those we call " Encyclopédistes ", but to allay the worries entirely justified – of the authorities regarding the treatment of religion in Diderot’s enterprise. Finally, abbé Mallet was the protégé of the redoutable Boyer, Bishop of Mirepoix, dedicated enemy of all the new philosophical trends. As Malesherbes remarked at the time, abbé Mallet’s religious stance was calculated to merit the protection of this powerful prelate.

This interpretation of abbé Mallet, originally published many years ago in an obscure joumal in the USA and completely ignored by French scholars, has lately been contested by the eminent scholar of the Encyclopédie, Professor Frank Kafker. Newly translated, the present article shows evidence to the contrary of Professor Kafker’s opinion.





 

 
SWIF - Sito Web Italiano per la Filosofia
Copyright © 1997-2001
torna all'indice dello SWIF