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a cura di Paolo Quintili - quintili@uniroma2.it
Ultimo aggiornamento: 9 agosto 1999





Recherches sur Diderot et
sur l’Encyclopédie  

Numéro 25 — Octobre 1998

 

RÉSUMÉS

 

 

Jean SGARD : Diderot vu par les Nouvelles ecclésiastiques.

Les journalistes des Nouvelles ecclésiastiques, dirigés de 1746 à 1759 par Fontaine de La Roche, ont discerné en Diderot " le plus fougueux ennemi de la religion ". Tout en lui accordant un certain respect, ils ont attaqué en lui l’auteur véritable de la thèse de l’abbé de Prades et le directeur de l’Encyclopédie, machine de guerre contre la religion. Dans l’article ENCYCLOPÉDIE, Diderot réplique en prenant, de façon inattendue, la défense de Montmorin, évêque de Langres, accusé de monopole par les jansénistes; il se range ainsi du côté du pouvoir. A sa mort, les jansénistes dénonceront une dernière fois la collusion de fait entre les philosophes et le jésuites; mais avec Diderot, comme avec Montesqieu, ils ont su choisir leur adversaire.

 

Paolo QUINTILI : La couleur, la techne, la vie. L’esthétique épistémologique des Salons (1759-1781).

La critique d’art de Diderot, à la différence de celle des esthéticiens de son temps, n’est pas normative, n’institue pas un jeu d’interprétations où il y aurait, d’un côté, l’oeuvre avec ses valeurs esthétiques données et, de l’autre côté, un sujet spectateur, réceptacle passif de ces valeurs. Elle se présente comme un regard second qui se meut dans l’oeuvre, la traverse en tant qu’oeuvre-expérience pleinement légitimée hors de soi, dans le tableau vivant que le sujet peut pénétrer : telle est la " Promenade Vernet ". L’esthétique de l’expérience dont elle rend témoignage trouve son fondement dans le lien entre la science de la représentation (techne), la critique d’art et l’épistémologie (couleur-vie). Cet élément parmi d’autres émerge: la couleur, distincte du coloris, devient la première substance perceptive de l’être-vivant propre aux figures: elle " rend la vie " aux êtres. Le lien esthétique et épistémologique s’éclaire ainsi par l’analyse de la fonction cognitive de la couleur qui permet au spectateur de saisir la vérité dynamique des êtres représentés sur la toile, par rapport à son expérience actuelle, pour comprendre la " loi de nécessité de nature " qui les relie.

 

Philippe DÉAN : Diderot, la figure et le lieu: de la théorie du paysage aux pastorales de Boucher.

C’est sur le modèle des traités de peinture de la Renaissance que Roger de Piles énonce les caractéristiques de la composition du paysage: la peinture doit produire des lieux qui ont pour objet de définir telle ou telle circonscription de l’espace réaliste. Mais les théoriciens, suivant l’exemple de Du Bos, insistent sur le fait que ce qui donne " l’âme " au paysage, c’est-à-dire son sens, ce sont les figures qui y sont incluses. Le compte rendu d’un paysage de Loutherbourg par Diderot en 1767, qui est l’occasion d’évoquer le Paysage au serpent de Poussin, signale l’importance de cette tradition interprétative qui repose sur une logique d’identification et fait de la peinture l’illustration de thèmes ou valeurs iconographiques. En revanche, ses commentaires sur les paysages de Pastorales de Boucher relèvent d’un étrange paradoxe: ils remarquent classiquement les rapports de convenance et de conformité entre les figures et le lieu pastoral, et pourtant, ils témoignent également qu’avec Boucher, le travail de la figurabilité défait l’unité réaliste du lieu. Même si ses paysages se donnent encore comme des simulacres d’espace naturel, sa peinture accrédite moins un registre mimétique, authentifie moins une vraisemblance narrative, qu’elle ne renvoie à sa nature d’image peinte.

 

Colas DUFLO: Le lien et la ficelle. Diderot, le lien social et les pantins.

L’objet de cet article est de comprendre la théorie du lien social de Diderot. Bien que celle-ci ne s’exprime pas en forme et de façon suivie dans un endroit déterminé du corpus, pour des raisons qu’on cherche ici à élucider, il est possible de la reconstituer à l’aide des indications éparses qui sont données un peu partout. Deux formulations doivent attirer particulièrement l’attention, lune dans l’article DROIT NATUREL, avec la notion de " volonté générale ", l’autre dans les Bijoux indiscrets, qui présente la société des pantins. Il s’agit ici de montrer que ces deux formulations à première vue difficilement compatibles révèlent, correctement analysées, la profonde cohérence de la pensée diderotienne. Pour ce faire, on montre la continuité de la théorie du déterminisme biologique et de la pensée politique. Ce qui permet l’affirmation de la naturalité du lien social, qui s’inscrit littéralement dans l’être biologique de l’homme. Le lien social est sexuel.

 

Michèle CRAMPE-CASNABET: Les articles AME dans l’Encyclopédie.

Comme il est fréquent dans l’Encyclopédie, certains articles ne correspondent pas au projet du Système figuré des connaissances humaines. Ainsi en est-il des textes consacrés à l’âme. L’âme, dans le Système, n’est plus du ressort d’une étude métaphysique. De plus les articles au sujet de l’âme ne sont pas unifiables. Le premier, qui est de l’abbé Yvon, accentue le caractère théologique de la notion. L’abbé résume des théories de l’âme de l’Antiquité à " nos " jours. La critique du " matérialiste " Spinoza est un objet privilégié.
Le second article est de Diderot. Pour rétablir la droite philosophie contre les positions spiritualistes d’Yvon, il est question de savoir comment l’âme agit sur le corps mais tout autant le corps sur l’âme. L’âme n’est-elle pas qu’un substance matérielle?
Enfin, et c’est de nouveau l’abbé Yvon qui prend la plume, un long texte est consacré, dans le complexe contexte du temps, à l’âme des bêtes. Est-elle matérielle, spirituelle? Questions cruciales nécessaires pour penser la nature de l’âme humaine.

 

Jean-Pierre SCHANDELER : Les lieux de la rationalité de D’Alembert à Destutt de Tracy.

L’objectif commun de l’Encyclopédisme et de l’Idéologie est de sortir de l’ancienne métaphysique. Il faut trouver, dans la science, le lieu de la rationalité qui justifie le bien-fondé et assure la valeur de la connaissance. Face à cet enjeu central des Lumières, des voies divergentes peuvent être suivies qui tracent une ligne de démarcation entre les deux courants de pensée. L’ordre encyclopédique des sciences, organisé selon les trois facultés, n’est pour D’Alembert qu’une représentation relative et arbitraire qui ne peut assurer à elle seule une telle rationalité. C’est le concept " d’élément des sciences " qui va en être la pierre de touche. Cela conduit à l’invalidation d’une architecture stable qui se traduit pas un refus de l’épistêmê-centrisme, c’est-à-dire le refus d’une science qui présiderait à l’ordre du tout. Destutt de Tracy conteste non seulement la légitimité épistémologique des trois facultés pour organiser le savoir, mais il construit l’ensemble du corps des sciences par analogie à l’opération du jugement. Une telle représentation unificatrice des connaissances réinstaure une épistêmê-origine, la science des idées, autrement dit l’Idéologie elle-même, garante de la rationalité du savoir.

 

Marie LECCA-TSIOMIS : La rhétorique de la recette: remarques sur le Dictionnaire oeconomique de Chomel (1709) et l’Encyclopédie.

Il y a dans l’œuvre définitionnelle de Diderot pour l’Encyclopédie une grande variété de rapports entre le contenu des savoirs transmis et les rhétoriques de transmission elles-mêmes. On part ici d’un ouvrage que le Philosophe utilisa, notamment pour ses recettes de cuisine, le Dictionnaire Œconomique de l’abbé Chomel (1709), voué dans la tradition rustique des ménagers aux savoir-faire domestiques, et on suit, de Chomel à Diderot quelques-unes des implications de cette forme pérenne qu’est la recette. Si l’Encyclopédie remplaça l’énoncé des " secrets " liés à la fabrication domestique par la neuve description d’expérimentation, vecteur de la production manufacturée, la recette elle-même n’en demeure pas moins une des formes de la définition encyclopédique selon Diderot, engageant, sous des formes diverses, parfois inattendues, la réflexion du Philosophe sur l’art et le but de la définition.

 

Renée RELANGE : La Fête des Fous dans l’Encyclopédie.

Dans l’Encyclopédie, le chevalier de Jaucourt étudie la Fête des fous qui fut durablement l’objet de condamnations ecclésiastiques. S’appuyant sur elles, en particulier sur les documents des XIVe et XVe siècles, l’auteur part d’une analogie avec les Saturnales romaines souvent évoquées par les censeurs du Moyen-Age eux-mêmes. Il démontre conjointement les prolongements par l’Église des superstitions qu’elle dénonce, les divisions de ses représentants entre eux à ce propos, la faiblesse de leur capacité disciplinaire, leur ambition infondée à dicter leur conduite aux hommes au prétexte d’une capacité à définir seuls le dogme alors même que toute l’histoire de leurs rites et pratiques témoigne de leurs " emprunts " aux fêtes et cultes antiques.
Dans ces conditions bien loin d’être l’immuable et infaillible Verbe auquel il faut se soumettre, l’Église ne serait qu’une institution historiquement construite par les hommes, propre à véhiculer à travers les siècles les plus anciennes superstitions et peut-être une superstition elle-même.
Pour construire un champ public d’expression libre, Jaucourt construit l’Histoire et la référence aux Anciens en une machine de guerre contre l’expression de l’autorité incarnée par l’Église et le Monarque.

 

 

    SUMMARIES (trad. par Ann Thomson)

 

Jean SGARD :Diderot as seen by the Nouvelles ecclésiastiques.

The journalists of the Nouvelles Ecclésiastiques, which was edited from 1746 to 1759 by Fontaine de La Roche, saw Diderot as "religion’s most violent enemy". Although they viewed him with a certain respect, they attacked him for being the true author of the abbé de Prades’ thesis and the director of the Encyclopédie, an anti-religious enterprise. Diderot replied in the article encyclopédie, by unexpectedly defending Montmorin, the Bishop of Langres, who was accused of monopoly by the Jansenists; thus he came down on the side of the authorities. On his death, the Jansenists once again denounced the de facto collusion between the Philosophes and the Jesuits; but with Diderot as with Montesquieu, they chose their adversary carefully.

 

Paolo QUINTILI : Colour, techne, life. Epistemological æsthetics in the Salons (1759-1781).

Diderot’s art criticism, unlike that of contemporary æstheticians, is not normative and does not rely on interpretations based on a dichotomy between the work on one side, with its æsthetic values and the passive spectator on the other, who receives these values. It takes the form of a second observation which acts within the work, penetrates it as a work-experience which is completely legitimised outside itself, in the living tableau which the subject can enter. Such is the "Promenade Vernet" which bears witness to an æsthetics of experience based on the link between science and representation (techne), art criticism and epistemologie (colour/life). One element amongst others emerges, namely colour (as distinct from colouring) whch becomes the main perceptive substance of the living being of figures, "giving life" to beings. The link between æsthetics and epistemology can be understood by an analysis of the cognitive function of colour, which enables the spectator to grasp the dynamic truth of the beings represented on the canvas, in relation to his real experience, in order to understand the "law of natural necessity" linking them.

 

Philippe DÉAN : Diderot, figures and places: from the theory of landscapes to Boucher’s pastorals..

Roger de Piles based his description of the characteristics of landscape composition on the model of Renaissance treatises of painting; it should produce places whose object is to define a particular circumscription of realistic space. But theoreticians, following the example of Du Bos, insisted that what gave ‘soul’, or meaning, to landscape was the inclusion of figures. Diderot’s 1767 review of a Loutherbourg landscape, which gave him the opportunity to evoke Poussin’s Lanscape with a snake, indicates the importance of this tradition of interpretation based on a logic of identification and making painting the illustration of iconographical themes or values. On the other hand, his commentaries on Boucher’s Pastoral landscapes reveal a strange paradox for, while remarking classically on the suitability of the relationship between the figures and the pastoral setting, they also show that in Boucher the work of figurability destroys the realistic unity of the setting. Even if his landscapes are still presented as imitations of natural space, his paintings, rather than accrediting a mimetic register or authentifying narrative verisimilitude, are presented as painted images.

 

Colas DUFLO: Ties and Strings. Diderot, Social Ties and Puppets.

This article aims at understanding Diderot’s theory of social ties. Although it is not clearly formulated or expounded in a particular place, for reasons which we try to explain here, it can be reconstituted from clues which are scattered throughout his work. Two occurrences are particularly striking: one is in the article DROIT NATUREL, with the notion of the general will, and the other is in the Bijoux indiscrets, presenting the society of puppets. We try to demonstrate here that these two formulations, which at first sight seem incompatible, in fact reveal, on analysis, the profound coherence of Diderot’s thought. To do this, we show the continuity between his theory of biological determinism and his political thought; this allows him to affirm the naturalness of social ties, which are literally inscribed in humans’ biological being. Social ties are sexual ties.

 

Michèle CRAMPE-CASNABET : The Encyclopédie articles on the soul.

Several Encyclopédie articles; including those concerning the soul, do not correspond to the plan of the system of human knowledge, in which the soul is no longer part of metaphysical study; in addition, these articles cannot be unified. The first, by the abbé Yvon, emphasizes the theological character of the notion. He summarizes the theories of the soul from Antiquity to the present, giving special emphasis to Spinoza, the ‘materialist’. The second article is by Diderot. In order to present right philosophy as opposed to Yvon’s spiritualist positions, he considers not only how the soul acts on the body, but also how the body acts on the soul. The question is whether the soul is only a material substance. Finally, a long text, also by Yvon, is devoted to animal soul, in the complex context of the period. The crucial question of whether it is material or spiritual is a necessary basis for thinking about the nature of the human soul.

 

Jean-Pierre SCHANDELER : The sphere of rationality from D’Alembert to Destutt de Tracy.

The common aim of both Encyclopedism and ‘Idéologie’ was to escape from former metaphysics. Science is seen as the sphere of rationality, which should justify the validity and ensure the value of knowledge. Different paths can be followed in reaction to this central problem of the Enlightenment, and these paths mark the dividing line between the two schools of thought. For D’Alembert, the encyclopædic order of science, organised around the three faculties, is only a relative and arbitrary representation, which cannot alone guarantee rationality. The concept of ‘element of science’ is the touchstone, which implies the invalidation of a stable architecture and a refusal of ‘episteme-centrism’, or the refusal of any science presiding over the order of all things. Destutt de Tracy both rejects the epistemological legitimacy of the three faculties as organisers of knowledge and constructs the whole of the body of sciences on the analogy of the operation of the judgement. This unifying representation of knowledge reinstates an ‘episteme-origin’, the science of ideas, or in other words Ideology itself, which guarantees the rationality of knowledge.

 

Marie LECCA-TSIOMIS : The rhetoric of recipes; remarks on Chomel’s Dictionnaire oeconomique and the’Encyclopédie.

In Diderot’s work on definition in the Encyclopédie one finds a great variety of relationships between the knowledge transmitted and the rhetoric of this transmission. Here we start from a work used by Diderot, in particular for cooking recipes, the abbé Chomel’s Dictionnaire oeconomique (1709), a work which was mainly concerned with domestic management, in the rustic tradition of householders. We follow, from Chomel to Diderot, some of the implications of the age-old form of the recipe. While the Encyclopédie replaced the description of ‘secrets’ involved in home production with a novel description of experimentation, linked to manufacturing, the recipe itself nevertheless was still, for Diderot, one of the forms of encyclopædia definition. It led his reflection, in various and often unexpected ways, on to questions of art and the aim of definition.

 

Renée RELANGE : The Feast of Fools in the Encyclopédie.

Jaucourt studies in the Encyclopédie the Feast of Fools, which was the perpetual object of ecclesiastical condemnation. Using these, and in particular documents from the 14th and 15th Centuries, the author begins with an analogy with the Roman saturnalia which were often mentioned by the Mediæval censors. At the same time he shows how the Church prolongs the very superstitions which it denounces and how its representatives are divided amongst themselves on this subject. He also emphasizes the feebleness of its capacity to discipline, its unfounded pretension to dictate men’s behaviour based on its sole ability to define dogma, despite the fact that the whole history of its rites and practices proves its ‘borrowings’ from ancient feasts and religions.
Thus, far from being an unchanging and infallible Word to which all must submit, the Church is merely an institution which has historically been built by humans and which transmits through the centuries the most anciens superstitions and it is perhaps itself a superstition.
Thus, in order to construct a public arena for free expression, Jaucourt sets up History and the reference to the Ancients as a war machine directed against the authority embodied by the Church and the Monarch.

 


 

 
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